(vous vous imaginiez sérieusement que j’allais me pointer chez un garçon rencontré devant un Franprix? vous me prenez pour une punk?)

Non, en vrai, je suis simplement allée boire un Coca avec lui, en tout bien tout honneur (enfin, j’avais quand même mis une robe de pute). On a parlé de psychanalyse (surtout lui parce que mes connaissances dans ce domaine se limitent à ce que j’ai vu dans In Treatment)(par contre, je m’y connais super bien en phénoménologie : j’ai lu tout Husserl et en allemand s’il vous plait)(YA, WIRKLICH ZUM FRUHSTUCK)(j’étais pas très populaire au lycée).

C’était assez chouette, d’autant plus qu’il avait amené son chien (j’arrive pas à savoir si c’est bizarre ou pas d’amener son chien à un rendez-vous, j’imagine que oui, mais bon, moi comme je les aime les chiens, ça m’a pas vraiment dérangée).

D’ailleurs, c’est marrant parce qu’à un moment, on a commandé une planche de chorizo (si je reste plus de deux heures sans manger, je me sens pas bien) et DESMOND HUME, ça l’a rendu hystérique. C’est parce qu’il aime trop ça, il m’a expliqué le propriétaire du chien.

Je me suis dit ça nous faisait un point en commun.

Après, il m’a raccompagnée chez moi et sur le chemin, on a joué à je te lance des bouts de bois (on a trop rigolé).

C’est étrange, ça m’était jamais arrivé mais, depuis cette soirée, j’arrête pas de penser à lui.

Je crois que je commence à avoir des sentiments pour ce chien.

Ce matin, j’ai lu un vieux numéro de Décapage que j’avais volé à l’Intégriste et dedans, y’avait une histoire de Philippe Jaenada (je l’aime tellement ♥) intitulée Pour devenir un grand écrivain.

Je l’ai commencée à Öberkampf et je l’ai terminée à Strasbourg-Saint-Denis. Après, je l’ai relue une deuxième fois entre Grands Boulevards et Chaussée d’Antin pour être sûre qu’elle était aussi bien que je pensais.

ÉVIDEMMENT qu’elle l’était : non seulement,  elle parlait de Bernard Werber qui est un de mes chauves préférés (je vous recommande son Twitter, il est à la hauteur de son Oeuvre) mais en plus, ça se passait au salon du livre de Nancy (j’y ai été hôtesse une fois, c’était horrible parce que les écrivains de mon stand étaient d’odieux personnages)(sauf ceux qui essayaient de coucher avec moi)(d’ailleurs, faites-moi penser à vous raconter un jour la fois où j’ai eu un rapport sexuel avec un auteur Gallimard)(vous serez peut-être un peu déçus quand vous vous rendrez compte qu’il s’agit en réalité de Gallimard Jeunesse, mais c’est quand même une bonne anecdote).

A Saint-Lazare, j’ai envoyé un texto à l’Intégriste pour lui faire part de mon enthousiasme (c’est le seul ami que j’ai qui connaisse Philippe Jaenada ())(mes autres amis sont nuls). Deux minutes après, il m’en a renvoyé un pour me dire que si je m’avisais d’annoter son Décapage (il sait que je ne peux pas m’empêcher d’écrire mon avis sur les livres SUR LES LIVRES et ça le rend fou)(surtout depuis que je lui ai rendu un Olivier Adam maculé de OUÉ, BOF, CHIANT), il revendrait mes Françoise Sagan chez Boulinier.

Il devait plus se rappeler que mes Françoise Sagan, c’est les siens que j’ai piqué.

y’a un chien qui m’a parlé. J’ai pas vraiment compris ce qu’il disait mais comme il avait l’air sympa (il ressemblait à Pif), j’ai un peu discuté  avec lui :  je lui ai demandé comment il s’appelait et je lui ai raconté que je venais d’acheter des saucisses. Rien de très intéressant mais vous savez, face à une bête, c’est difficile de commenter le déploiement dialectique de Hegel.

En réponse, le chien a aboyé un truc inintelligible qui s’est superposé à une voix qui disait DESMOND HUME. L’espace d’une seconde, je me suis dit qu’avoir des hallucinations impliquant le nom des personnages de Lost transformait mon obsession pour cette série en syndrôme mental inquiétant puis j’ai compris que la voix était en réalité celle du propriétaire du chien. Il m’a fallu une seconde de plus pour réaliser que DESMOND HUME, c’était le nom de l’animal et que, waouh, c’était sûrement le nom de chien le plus cool du monde.

Waouh, c’est sûrement le nom de chien le plus cool du monde, j’ai dit.

Ah oui ? Vous aimez bien Lost ?

… Et c’était parti. Non seulement ce garçon à chien était aussi obnubilé que moi mais en plus il m’a expliqué qu’il étudiait la psychanalyse, une source quasiment inépuisable de pistes interprétatives tordues, d’hypothèses bancales et de théorisations foireuses.

TOUT CE QUE J’AIME.

C’était super intéressant mais comme j’avais un Viennetta dans mon sac, au bout d’un moment, il a fallu que je rentre chez moi.

J’ai dit au revoir au chien et bon prochain épisode à son propriétaire.

On peut peut-être le regarder ensemble ? il a demandé.

J’ai hésité parce que normalement, c’est réservé à l’Intégriste (il se fiche complètement que je couche avec la moitié de Paris mais je suis pas sûre qu’il me laisse regarder Lost avec quelqu’un d’autre) alors j’ai dit on verra tout en pensantnon. Puis je me suis souvenue que l’Intégriste avait dernièrement effacé ma playlist Eddy Mitchell sur Spotify (l’équivalent d’une déclaration de guerre atomique) alors j’ai finalement décidé que oui.

Demain soir, j’irai donc regarder Lost dans un appartement où il y a une niche.

Infligé par Simone et WordPress | Design Roy Tanck