Je ne sais pas si vous lisez ces blogs (lifestyle, mode, techno, beauté, parent…) qui ont pour particularité de voir la majeure partie (la totalité pour certains) de leur contenu fourni par les marques.

Moi pas franchement (je me nourris de graines germées et je ne me souviens même plus de la dernière fois où j’ai acheté un habit alors les photos de tapas surgelés ou de chaussures, ça ne m’intéresse plus vraiment) mais je les regarde quand même de loin. Je vous vois venir : non, ce n’est pas du hate reading, c’est plutôt que ce genre de sites m’interpelle énormément.

Alors déjà, attention, sur ces blogs, il ne faut jamais dire article sponsorisé ouh là là non. Maintenant, on parle de collaborations intéressantes ou de jolis partenariats et on prône la transparence et l’éthique (j’aimerais que quelqu’un m’explique comment la publicité peut être éthique) : sur les liens Zanox, on mets un astérisque grisé qui renvoie à une page sur laquelle il faut cliquer pour arriver sur une autre page où, si on cherche bien, on peut trouver quelques explications lapidaires sur l’affiliation et on jure la main sur le cœur,  que oui, ce sac à main a été envoyé par la marque mais qu’il est tellement beau qu’on l’aurait probablement acheté de toutes façons et puis vous pouvez avoir -5% avec le code COEURCOEURCOEUR, c’est un tel bon plan pour vous chers lecteurs adorés (si vous ne profitez pas de cette généreuse réduction, vous pourrez vraisemblablement acheter le sac en question sur le vide-dressing du blogueur quelques semaines après la parution de l’article : il n’y a pas de petits profits et l’éthique s’arrête souvent là où il y a quelques euros à gagner).

C’est assez compliqué d’émettre ce genre de critiques parce qu’on est vite taxé de jaloux (ça m’arrive d’être jalouse mais jamais d’un placard ou d’un compte en banque, soyons un peu sérieux), de hater (ce qui n’est pas entièrement faux dans mon cas bien que le mot soit trop fort, je n’éprouve pas de haine envers ces gens là mais un profond dégoût pour le système dans lequel ils se complaisent) ou alors c’est le fameux ah ça c’est la France, on aime pas parler d’argent, hein, on aime pas la réussite, il faut sans cesse se justifier et blablabli et blablabla (ce qui est une très bonne manière de noyer le poisson et de détourner la conversation pour ne surtout jamais se remettre en question)

Mais bon, ce n’est pas vraiment de ça dont je voulais parler à l’origine. Ce qui me choque chez les auteurs de ces blogs, c’est que des pans entiers de leur vie leur sont dictés par les marques. Une bonne partie de leur garde-robe est constituée d’articles envoyés par des services presse (on est d’accord, ce n’est pas le plus important les habits, il n’empêche que moi j’aime bien porter ceux que je choisis, et pas ceux qu’une attachée de presse m’aurait envoyés parce qu’il faut bien vendre la prochaine collection de telle ou telle enseigne), ils utilisent le smartphone, la machine à dosettes ou les baskets qu’on leur a offerts, se rendent dans les soirées ou week-ends organisés par les marques, vont aux avant-premières, concerts ou festivals pour lesquels ils reçoivent des invitations, lisent les livres qu’on leur fait parvenir, mangent des jolies gaufrettes avec des baselines imprimées dessus, publient des wish-lists dans lesquelles les items sont choisis en fonction du pourcentage qui pourra être reversé si les lecteurs se laissent tenter et organisent des concours en partenariat avec les marques… Évidemment, ils font ça pour les lecteurs adorés, par pur altruisme et goût du partage, et bien mal intentionné celui qui verrait là dedans un moyen d’acquérir ou de conserver une audience sans laquelle il n’y aurait plus aucun revenu, aucune  montre, aucun sac, aucune flute de champagne, aucun voyage, aucun concert (du moins gratuits). Le tout se fait dans une consanguinité qui ne dérange plus personne : on devine à l’odeur quel sera le petit groupe invité à tel ou tel évènement.

J’ai souvent lu ici ou là des j’ai eu la chance de profiter de… C’est incompréhensible. Pour moi, ce sont surtout les marques qui profitent et tous les autres sont des petits pions bien dociles.

Les questions que je me pose sont : que/qui reste-t-il quand on enlève les différentes couches imposées par les services de communication des marques ? Dans quelle mesure ce mélange permanent de privé/public/sponsorisé est-il destructeur pour la construction de soi ?

J’imagine que ces gens sont assez malins pour se rendre compte de ce à quoi ils participent et du coup, je me demande vraiment comment ils arrivent à assumer à la fois un tel cynisme mais aussi le fait que leur vie est en grande partie façonnée par la direction marketing d’une marque ou le planner stratégique d’une agence.

Bien sûr, personne n’échappe au marketing et à la publicité, moi la première. La différence dans le cas de ces blogueurs, c’est qu’ils ne sont pas uniquement victimes mais aussi acteurs. Vous me direz que les gens qui travaillent dans la communication sont aussi fautifs. C’est vrai, mais dans un cas ça reste strictement professionnel (moi, par exemple, je suis payée pour écrire des trucs pour des marques, mais ces trucs sont signés par la marque, pas par moi : je n’engage pas ma personne mais mes compétences) tandis que dans l’autre tout se mélange. Les blogueurs travaillent leur personal branding et utilisent la confiance ou l’affection que les lecteurs leur portent pour leur faire acheter des pantalons ou des smartphones. Pour moi la nuance est énorme en termes d’éthique. Prenons l’exemple de Mimi Mathy et de la lessive : ce n’est pas la même chose de gagner de l’argent en disant moi Mimi Mathy, je vous recommande cet assouplissant ou d’encaisser un chèque pour avoir tourné dans un épisode de Joséphine Ange Gardien. Dans un cas, on vend des compétences, dans l’autre, une identité.

Après, ça existe depuis longtemps tout ça. Mais, je trouve que jusqu’à il y a quelques mois/années, on gardait quand même une notion de choix éditorial. Aujourd’hui, sur certains blogs, rien n’a plus de sens. Un jour on va avoir un article sur un parfum de luxe, le lendemain, ça sera un week-end avec l’office du tourisme du Vercors ou une pub pour une voiture (salut Twingo et merci pour tous ces clichés sexistes bien dégueulasses) puis une recette avec du jambon sous vide alors que la semaine précédente on se targuait d’être un fin gourmet en instagrammant le plat d’un restaurant gastronomique dans le cadre d’un event blog.

J’ai du mal à voir où s’arrête l’hypocrisie et où commencent la bêtise et l’ignorance. Je ne suis pas un chevalier blanc, je ne suis pas irréprochable mais tout ça me donne envie de demander : qui êtes-vous vraiment ? Comment faites-vous pour ne pas vous perdre ? Est-ce que vous trouvez vraiment que ce vous faites, c’est bien ? Est-ce que vous arrivez à en être fier ?

***

La prochaine fois, on restera dans les contradictions et dans la philosophie de comptoir et je vous parlerai de ces gens qui s’instagramment dans des manifs pour les droits LGBT et traitent ensuite leurs copains d’enculés ou de PD pour rigoler.

nous sommes rendus à l’épicerie asiatique pour acheter des lentilles (j’ai tout le temps envie de lentilles en ce moment, de salade de lentilles, de dhal de lentilles, de pâté de lentilles, de velouté de lentilles, de sambar au lentilles, de courge farcie aux lentilles… j’ai un stock de lentilles vertes, corail, blondes, noires, brunes qui me permettrait de tenir plusieurs mois en cas d’épidémie de zombies).

J’ai trouvé ce que je voulais et j’en ai profité pour prendre du basilic thaï, du gingembre, des champignons noirs, du piment… Bref, de quoi faire un bon petit plat de légumes sautés (mon autre obsession culinaire du moment). J’avais les bras plein de sachets et de légumes en tout genre quand le gérant, qui est une espèce de vieux bonhomme très autoritaire, m’a demandé : c’est pour faire quoi ça ?

Euh… des légumes sautés, j’ai marmonné sans oser le regarder dans les yeux.

Bien, il a dit. Quoi comme légumes ?

J’ai senti au ton de sa voix que c’était pas le moment de dire n’importe quoi. Il avait vraiment pas l’air d’être le genre de personnes à plaisanter avec les légumes sautés.

J’ai commencé par le plus facile.

Euh… des oignons et de l’ail.

Il a acquiescé.

Des carottes.

Ça allait aussi.

Des poireaux (c’est de saison).

Il a grogné un humm.

Ça avait pas l’air de le satisfaire les poireaux.

Fallait que je me rattrape alors j’ai tout donné.

Des haricots coco.

C’était une bonne réponse puisqu’il s’est exclamé ah oui, des haricots.

Comme c’était à peu près tout ce que j’avais prévu de faire sauter ce soir là, j’en tenté de m’en tirer avec un ben oui, voilà, des haricots, ça devrait être très bon hihihi.

Naïve que j’étais.

Il me restait une épreuve à passer.

Et du poulet. Il faut mettre du poulet.

J’ai tenté un euh oui euh ben du tofu sinon mais il a continué avec un c’est très bien le poulet au wok hein tout en se rapprochant de moi (c’était pas le moment de lui dire que j’avais pas de wok et que je faisais tout à la sauteuse, je pense que j’aurais pu me faire couper les mains pour moins que ça). Ah oui, du poulet, j’ai bafouillé, trahissant ainsi la grande secte des végétariens. Heureusement, ça l’a convaincu et j’ai pu passer à la caisse.

Depuis, inutile de vous expliquer que je vis dans la peur. Certes, on m’offre des bonbons à l’épicerie asiatique mais si ma trahison finit par se savoir dans le quartier, ça pourra aller très loin : est-ce que je vais me faire refouler la prochaine fois où je voudrais aller acheter du lait de soja chez Naturalia ? Est-ce que je vais devoir rendre les chaussons lapin que j’ai eu à Noël ? Est-ce que Youtube va me bloquer toutes les vidéos d’animaux rigolos ? Est-ce que j’aurai encore le droit d’envoyer des photos de chats sur Hangout ?

Brrr.

d’avoir les cheveux PLATINE.

Du coup, j’ai pris rendez-vous chez le coiffeur et quand il m’a demandé ce qu’on faisait, je lui ai dit JE VEUX DES CHEVEUX BLANCS COMME LES POILS DE FALKOR (oh ça va, c’était les vacances d’hiver, je sais que vous avez tous regardé L’Histoire sans fin et La caverne de la rose d’or en mangeant du houmous enroulé dans une polaire géante).

NON, il a fait. Ça va trop les abimer.

J’ai essayé de négocier (et si je les coupe très courts? et si je promets de m’enduire entièrement d’huile d’argan tous les soirs?) mais il a rien voulu entendre (vous avez déjà essayé de discuter avec un coiffeur ? ils sont pires que les négociateurs du GIGN).

On va faire des mèches, il a dit.

Soit.

Il a mis Kate Tempest, a enfilé un tablier en PVC noir ambiance The Human Centipede et il m’a enduit une mèche sur deux d’une pâte blanche en me demandant si j’avais lu le dernier Volodine (bien sûr que non)(je n’ai pas osé lui dire qu’en ce moment je ne lisais que des livres dont l’intrigue se déroule sur Mars)(vous avez lu The Martian?)(ce livre m’obsède depuis plusieurs semaines)(je regrette tellement d’avoir séché les cours de physique au lycée)(car c’est bien sûr la seule et unique raison pour laquelle je n’ai pas pu devenir astronaute)(ça et le fait que j’ai la condition physique d’un flageolet et que je sois parfaitement incapable de faire une division avec décimales sans me mettre à pleurer).

Il fallait que la pâte blanche reste un moment sur ma tête donc ça m’a laissé le temps de me résigner et de faire le deuil de mes cheveux platine. Et puis est venu le temps de rincer et là, surprise : je l’avais mon blond platine (un peu de physique nucléaire : comme j’ai les cheveux naturellement blonds et sans coloration, en fait, c’est très facile de les décolorer).

Je dois avouer que j’ai un peu de mal à m’habituer (euphémisme pour dire que j’ai des sueurs froides dès que je m’aperçois dans un miroir)(en plus, ma cousine m’a dit que j’étais coiffée comme SOS Tabatha) mais je me console en me disant qu’il y a des choses plus importantes dans la vie (comme par exemple Masterchef Canada avec THE DEMON CHEF)(il engueule tous les candidats tout en buvant les bouteilles qu’ils utilisent pour cuisiner, comment ne pas l’aimer?).


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