on s’est dit : « C’est dimanche, c’est la fête, c’est le jour où qu’on travaille pas et que c’est trop bien : célébrons cette petite joie hebdomadaire avec un poulet rôti ».

Faut savoir qu’on avait déjà fait la fête la veille au soir (la fête consistait alors à manger des religieuses au chocolat devant les deux épisodes de new york unité spéciale)(je dis les deux mais en vrai au deuxième je me suis endormie comme une connasse et quand je me suis réveillée, c’était plus du tout la fête : même le chat était parti).

Mais ce matin donc, on a décidé que c’était poulet time.

Enfin pour être honnête, le poulet, c’est surtout un prétexte pour aller au marché.

Le marché, c’est trop bien : des gens (des gens un peu sales mais des gens quand même sympas) vendent des chaussures à 2€.

2€, c’est un prix honnête pour des chaussures.

Le truc, c’est qu’on assume pas trop d’y aller sans l’excuse du poulet à acheter parce qu’on est un peu snob (je dis on mais c’est que moi, ma coloc, elle est un peu à la ramasse, elle connaît même pas American Apparel).

La pseudo quête du volatille nous a donc entraînées devant le stand des chaussures (il y a aussi des ceintures Dolce Galbani) (les ceintures Dolce Galbani, c’est un peu comme des ceintures Dolce Gabbana qui serait faites en fromage italien élastique), on a mis quelques minutes (des minutes qui dureraient très très longtemps) à se décider et on a fini par sélectionner quelques paires (quelques paires genre 5).

Lancées comme on l’était sur les choses de la mode (placer dans le même récit chaussures à 2€ et mode fait de moi un auteur polémique), on a commencé à parler de trenchs.

Les trenchs, c’est un sujet qui me touche. Le genre de sujet pour lesquels je prends une mine très sérieuse (je lève le menton et je pince mon nez) pour affirmer des choses sur un ton péremptoire:

« Non, mais tu vois, là par contre, j’acheterai pas de la merde. Un trench, c’est un investissement. Je préfère économiser quelques semaines pour me payer un trench du Comptoir que d’acheter un truc de pauvre. Tu comprends, le tissu, les finitions doivent être parfaits et je te parle même pas de la coupe. Franchement, je préfère me passer de trench que de porter un truc cheap. »

Mon argumentaire a laissé ma coloc muette.

C’est pas qu’il était particulièrement convaincant, c’est surtout qu’elle était concentrée sur autre chose : elle avait faim.

On a donc été s’acheter des tartelettes  (il était plus du tout question de poulet : les chaussures étant achetées, on avait plus besoin du prétexte volailler)(et puis, je peux le dire maintenant, le poulet rôti, c’est vraiment pas bon).

Tartelettes englouties, voilà que ma coloc me dit : « Viens, on a qu’à aller chez les chinois ».

Sûr, elle parlait pas des chinois qui sautent les nouilles et qui donnent des serviettes chaudes (les serviettes chaudes, c’est un des trucs les plus cools du monde)(ça et les gels douches à l’abricot). Elle parlait des chinois qui vendent des habits à pas cher.

« Ok », je lui ai dit.

Et, dans une belle échappée, on est parties vers l’échoppe pour choper pleins de trucs à shopper.

(En écrivant ça, j’ai ri).

Et là, je l’ai vu.

Merveilleuse coupe. Merveilleuse couleur.

Rien que le regarder me rendait belle.

J’ai eu des palpitations et des sueurs froides comme la fois où j’ai croisé Patrick Bruel dans une librairie à Megève (au rayon J’aime Lire)(il lui manquait quelques exemplaires pour faire un Bonnemine complet avec les tranches).

Je l’ai essayé.

Je suis devenue Jane, je suis devenue Charlotte (sauf que j’ai moins de sacs Gérard Darel)(mais plus de nichons).

Bref.

Tellement parfait.

Je me suis dit, c’est un long roman d’amitié qui commence, entre nous deux, pas un histoire d’amour vacances qui finit dans l’eau.

Je suis passée à la caisse, sur un nuage.

35€90.

« T’es vraiment rien qu’une sale conne » elle m’a dit ma coloc.

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