demain, c’est M6 déco : on repeint toute l’agence.
Avec les copains, on était un peu surpris : les seuls pots de peinture qu’on côtoie d’habitude, c’est ceux qu’y a dans Photoshop.
Du coup, on a demandé : on doit s’habiller en grosses femmes? y’aura des kros? n’est-ce pas la seule occasion acceptable où porter une robe housse Maje, Bel Air ou Manoush?
La Présidence du Monde a répondu : non, oui, bien sûr, à demain les chouchous.
Ce matin, donc, je suis arrivée et les copains, ils avaient déjà poussé tous les meubles parce qu’ils allaient commencer à peindre (moi je suis arrivée plus tard parce que j’aime pas trop déplacer des meubles ou ce genre de trucs fatiguants).
J’ai même pas eu le temps de faire chauffer l’eau pour ma Ricorée que la Présidence du Monde m’a dit : toi, tu peins l’entrée.
Soit.
La première minute, j’ai trouvé ça rigolo.
La deuxième, ça m’a saoulée.
La troisième, la Présidence du Monde est venue voir comment je m’en sortais et devant l’étendue de mon incompétence, elle m’a envoyée peindre le débarras au fond du couloir, celui où y’a jamais ni lumière, ni personne.
Les autres copains, eux, ils y arrivaient plutôt bien (c’est quoi ces gens qui savent peindre? on apprends ça où?).
Enfin quand même… Au bout de dix minutes, y’a un copain qu’est venu me rejoindre dans le gourbis des incompétents.
Bien sûr, c’était le développeur de l’Internet. Quelque part, ça m’étonnait aussi que ce garçon qui porte des pulls Zadig&Voltaire et qui se fait livrer ses courses à domicile sache utiliser un pinceau (et ça m’aurait tellement vexée que lui y arrive alors que moi suffit que j’en regarde un de trop près pour faire un pâté ).
Bon, on a dit, toi, tu fais les murs avec le rouleau et moi je fais les coins avec le pinceau.
Au bout de trois minutes, on a commencé à se chamailler.
Moi, je voulais le pinceau qui avait l’air plus marrant et lui, il voulait le rouleau (il croyait que c’était plus facile)(mais LE ROULEAU, C’EST PAS FACILE) : on a switché.
Quelques minutes après l’échange d’ustensiles, ça nous refaisait chier alors on s’est dit : on va peindre la fenêtre, ça a l’air plus cool.
Sauf que non, peindre une fenêtre, c’est TOUT sauf cool.
Du coup, on a dit : Ok, on veut bien peindre mais alors on veut peindre saouls.
On a été chercher des bières.
Les bières, ça a été le début de la fin. Avec une cannette à la main, on peut que glander.
Dès fois, des autres copains passaient nous voir dans notre placard des incompétents et ils nous disaient : vous êtes vraiment des merdes.
A un moment, on a vu que y’avait un copain sur le point de renverser un pot de peinture alors on a parié une cannette sur le temps qu’il mettrait avant de le faire tomber (1minute37).
Ah, on s’marrait bien dans notre placard des nullos.
Et puis, la Présidence du Monde est venue et elle était pas contente parce que les autres copains, ils avaient peint quatre pièces et nous juste deux étagères (dont une ratée parce que le développeur de l’Internet avait posé sa main sur la peinture pas fraîche)(et puis on avait aussi sali par terre parce que moi j’avais marché dans la peinture et après j’avais piétiné partout)(on savait pas qu’il fallait bâcher : qui sait ce genre de choses??!).
Suite à ses remontrances, on a bâclé en une demi-heure ce qui aurait du nous prendre la demi-journée.
Autant dire que c’était encore plus moche que dans M6 déco quand ils filment de tout près et qu’on voit les coulures et le papier peint qui commence à se décoller (enfin, nous on a eu le bon goût de pas écrire de bull shit au mur avec un pochoir lettres gothiques et de pas coller de stickers papillon).
A la fin de la journée, avec le développeur de l’Internet, on s’est félicité d’avoir fait de longues études pour pas avoir à refaire ça tous les jours. Comme on était content de notre blague (on était saouls), on l’a répétée aux autres copains mais eux ça les a pas fait rire parce qu’ils aiment bien peindre (on croit connaître les gens et puis en fait…).
Avant de partir, j’ai dit à la Présidence du Monde : ouf, demain, au moins, pas besoin de venir sapés comme des roumains.
Elle m’a répondu : tu rigoles ou quoi, et la deuxième couche?!
J’ai envie de mourir.



