du vernis aux pieds (j’aime pas sinon). Du rouge parce que c’est celui que je trouve joli.

Mais la semaine dernière, j’ai fait une minifolie et j’ai mis du violet.

Au début, je me suis dit youpi, voilà un peu d’amusement dans mes chaussettes, puis j’ai mieux regardé et j’ai vu que c’était moche quand même.

Sur le coup, j’ai pas rechangé parce que j’avais d’autres chose importantes à faire (jouer à Zelda) et que de toutes façons je porte pas de sandales (J’AI TOUT LE TEMPS FROID) mais j’aurais du : les heures avaient beau défiler, moi je pensais toujours à mes doigts de pieds.

Le lendemain, je suis allée travailler. En allumant mon ordi (je ne me fait plus avoir maintenant, dès que j’arrive, j’allume mon mac et tous mes logiciels), je suis tombé sur mon wallpaper mauve. Autant dire que j’avais peu de moyens d’échapper à mon vernis.

Toute la journée, je me suis sentie mal.

Le soir, j’aurais pu l’enlever mais je me suis dit non, je vais quand même pas me laisser manipuler par des ongles, je refuse que mes pieds aient la main mise sur moi.

J’ai eu tort car le jour d’après, c’était pire. Je me sentais vilaine comme la fois où j’avais un œil au beurre noir parce qu’un copain m’avait mis un coup de boule sans faire exprès (soi-disant).

J’ai échangé mon fond d’écran contre une photo du Fort Boyard mais ça n’allait pas mieux.

Le soir, j’étais piégée : j’avais un rendez-vous (j’ai cherché des façons d’expliquer à mon bien-aimé que non, on ne pouvait pas aller au cinéma parce que j’avais les doiyettes violettes mais comme je n’ai jamais trouvé, j’ai du prendre sur moi).

Le lendemain matin, j’avais des sueurs froides.

Ça va pas? elle m’a demandé la Présidence du Monde.

J’ai voulu répondre si si, mais j’ai pas pu, j’ai craqué et je lui ai raconté mon histoire de vernis en sanglotant.

Assez bizarrement, elle a compris et compatis.

Prend le temps qu’il te faudra à midi, elle a dit, et reviens-nous avec le sourire et du vernis rouge.

C’est ce que j’ai fait.

J’ai même mis des tongs (et pourtant, J’AI TOUT LE TEMPS FR…).

Depuis, ça va mieux. J’ai même acheté un nouveau flacon rouge nacré très beau à la pharmacie (et les leçons de phénoménologie d’Husserl car ma bêtise m’a effrayée).

et dans la cuisine j’ai vu ma coloc en train de faire des crêpes.

Oh trop bien, t’es trop sympa, j’ai fait (j’étais contente).

C’est pas pour toi, elle a répondu, c’est pour Freddy (c’est son petit copain).

Quelle pute, j’ai pensé.

T’es qu’une pute, j’ai dit. Pourquoi Freddy, il aurait des crèpes et pas moi? (je kiffe les crêpes, surtout celles avec de la confiture rouge, et elle le sait, c’était donc d’autant plus cruel) C’est rien qu’un con en plus (j’ai dit ça parce que j’étais énervée parce qu’en vrai, Freddy, il est sympa).

LOL, elle a répondu et elle m’a passé une crêpe.

Je leur parle comme à des gens normaux (j’oublie qu’ils sont un peu plus empotés), ils n’osent pas me demander des explications (parce qu’ils sont vexés de n’avoir pas compris la première fois), ils font n’importe quoi, moi je dis c’est rien que des cons alors on s’entend pas.

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