Dimanche, je suis allée à la Médiathèque. Je voulais juste rendre un DVD pour en emprunter un autre (un Cronenberg, ma nouvelle obsession). J’avais fait un pacte avec moi-même : je m’étais promis-juré-craché que je n’irais pas à l’étage des livres parce que j’en ai déjà beaucoup trop à lire chez moi.

C’était sans compter sur la table des nouveautés.

La table des nouveautés, elle est juste en face de la porte d’entrée, on peut pas la louper (ah, petits gens du marketing, que vous êtes malins). Dessus, il y a les derniers livres achetés. Comme c’est assez rare qu’il y en ait qui me plaisent, je me suis dit que je pouvais bien y jeter un œil vite fait (voilà plusieurs mois que j’essaye de comprendre la politique d’acquisition de cet établissement  mais elle reste totalement impénétrable).

Bref, COMME PAR HASARD, cette fois, il y avait un des auteurs que j’aime le plus au monde : Ryû Murakami. Avec juste six petits mois de retard, son Love & Pop était là, tout aguicheur sous sa jolie couverture rose. Bien sûr, pour Ryû Murakami, je me suis dit que je pouvais faire une petite exception, parce qu’il était pas très gros et que j’en avais tellement envie que tous les Jean Echenoz, les Erik Orsenna et autres Annie Ernaux qui m’attendaient chez moi me paraitraient bien tristes à côté de celui-là (c’est sûr, si j’avais eu un Bernard Werber sous la main le problème aurait été tout autre)(mais je les ai déjà tous lus).

- Faisons une pause pour permettre à l’Intégriste, qui sera certainement très fâché après avoir lu cette dernière phrase, de m’appeler pour m’insulter  -

- … -

- Voilà -

J’ai regardé autour de moi. A part les vieilles personnes habituelles, il n’y avait pas grand-monde. Personne n’attendait devant le bureau des retours. Du coup, je me suis dit que j’allais d’abord rendre mon Rob Zombie et que je prendrais le Murakami après, il pouvait bien rester trois minutes sur la table.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est que le bibliothécaire en poste au bureau des retours ce jour-là serait un inconditionnel de Rob Zombie, qu’il trouverait extraordinaire que je l’aime aussi et, surtout, qu’il passerait près de dix minutes à me l’expliquer.

Ce que je n’avais pas prévu non plus, c’est que quand je reviendrais à la table des nouveautés, une vieille femme aurait mon Murakami dans les mains.

Au début, ça ne m’a pas fait peur : j’étais confiante. En voyant cette Mamie Pipi lire le quatrième de couverture, je me suis dit qu’elle allait vite se rendre compte que ça ne l’intéresserait pas, que tout ça n’était plus de son âge (après 60 ans, les gens sont sensés ne lire que du Christian Jacq, du Marek Halter ou des trucs publiés chez France Loisirs) et qu’elle allait vite le reposer afin que je puisse le prendre.

Mais elle a pris son temps.

En attendant, j’ai du me donner une contenance. N’ayant pas grand-chose à ma disposition (je ne pouvais plus me permettre de trop m’éloigner), j’ai feuilleté une biographie de Mitterrand, une méthode d’apprentissage des échecs et un roman du terroir en gros caractères. Au bout de ce qui m’a paru un très long moment (je me fiche de Mitterrand, je ne comprend rien aux échecs et les romans du terroir me donnent envie de mourir), la vieille femme est enfin partie.

Je me serais réjouie si elle n’avait pas emporté mon Murakami avec elle.

J’ai eu envie de lui crier : RENDS LE MOI VIEILLE PUTE, mais je ne l’ai pas fait (il est interdit de crier des gros mots dans l’enceinte de la Médiathèque). Je me suis contentée de me diriger vers les DVD, une larme au coin de l’oeil.

Crash était disponible mais c’était une trop faible consolation (je l’ai déjà vu quatre fois). Ainsi, pour oublier ma déception et calmer ma peine, j’ai dû me rendre à l’étage des livres. Trois romains japonais (dont deux de plus de 600 pages) ont eu raison de ma frustration.

Mamie Pipi, la pile de livre qu’il y a chez moi ne te dit pas merci.

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