l’asiatique qui fait son footing en gardant les bras le long du corps (c’est vraiment étrange), le papy-tortue qui a une casquette mais pas de cou, la fille bionique et Denis, le chirurgien qui a un short rouge et un polo Lacoste.

Avec Denis, on a sympathisé. Il se sent investi d’une mission : celle de m’apprendre à bien m’étirer. Je suis pas sûre pas qu’il le fasse pour me draguer (soyons honnête, après une heure de course, je transpire tellement que dès fois, même mes sourcils gouttent), je crois juste qu’il aime faire le bien autour de lui (et le bien commence sûrement là où s’arrêtent mes courbatures). Quoiqu’il en soit, on a pris l’habitude de discuter.

Mardi, je lui ai demandé si, dès fois, à l’hôpital, il criait NFS, chimie, iono pour faire rigoler ses collègues (il m’a répondu que ça n’amusait plus personne depuis la fin des années 90) et il m’a montré où étaient les adducteurs.

Mercredi, j’ai voulu savoir si y’avait souvent des cas de lupus (apparemment, non) et il m’a conseillé de davantage coller mon talon à ma fesse pour bien faire travailler le quadriceps.

Vendredi, je lui ai dit que j’aimais Desplechin, il m’a répondu qu’il préférait Almodovar.

Hier, je lui ai raconté que chez moi, j’avais sept savonnettes (j’aime bien sentir bon) alors il m’a parlé de son peigne en corne (il le range dans un pochon).

Ce matin, je lui ai dit que je faisais du yoga pour apprendre à bien respirer et il  m’a expliqué que lui, il pratiquait l’échangisme.

Sur le coup, ça m’a surprise et quand il m’a demandé ce que j’en pensais, c’est devenu un peu gênant. Je lui ai quand même répondu que ça me disait trop rien et que pour les activités entre amis, je préférais le Monopoly ou le Trivial Poursuit.

Après, je me suis tue et y’a eu un silence embarrassant.

Je crois que Denis n’aime pas les jeux de société.

Depuis la semaine dernière, j’ai écouté le nouvel album de Benjamin Biolay environ 37  fois. J’avais presque oublié que je l’aimais assez pour lui pardonner ses cheveux gras (alors que c’est vraiment un truc avec lequel je ne plaisante pas).

C’est toujours la déprime (vas-y qu’on se fait larguer via un post-it sur le frigo, qu’on longe les falaises la nuit, qu’on flaire la flamme familière (avec l’Intégriste, on a pas compris ce que ça voulait dire), que tout ça nous tourmente et que la douleur nous éventre) mais c’est si beau que finalement, j’ai pas trop envie de lui souhaiter d’aller mieux.

et j’ai dit à l’Intégriste : j’ai qu’à la mettre quand on nique, pour rigoler.

Il m’a répondu que oui, on pouvait le faire, si j’étais sûre que ça allait le faire rire aussi.

Dans le doute, j’ai proposé qu’on joue plutôt à la Wii.

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