ce que Carlos m’a raconté la semaine dernière, ça m’a complètement remuée.
J’ai passé les jours suivants à me dire et si, oh quand même, comment faire, mais après, et puis quoi, complètement.
Et puis, je suis tombée malade.
J’ai attrapé une vilaine fièvre qui m’a clouée au lit pendant trois jours. Trois jours pendant lesquels j’ai pas vraiment dormi parce que j’avais des hallucinations, des visions psychédéliques d’une otarie sur patins à roulette qui m’a dit à plusieurs reprises bébé, tu devrais courir après ton destin comme un cheval sauvage (c’était une otarie qui ressemblait à Johnny Castle).
Je sais pas si c’est parce que le conseil venait d’un mammifère marin doué de parole ou parce que ma fièvre a mis du temps à retomber mais l’otarie partie, son message m’est resté en tête. Et si elle avait raison ? Et si je devais me mettre au roller-disco ?
J’étais tellement désemparée que j’ai fait un truc contraire à mon éthique professionnelle : j’ai appelé Carlos. Téléphone en main, j’étais le Docteur Quinn qui fait du gringue à Byron Sully, j’étais Paul Weston qui cède aux avances de Laura, j’étais mon coiffeur qui me shampouine trop longtemps pour être honnête.
Bien sûr, à la place, j’aurai pu appeler un ami mais vous savez, déjà des amis, j’en ai pas beaucoup, voire pas tellement, voire juste deux (ou trois si je compte Pompom) et ensuite, me voir me lamenter, ça leur aurait sans doute fait un trop gros choc thermique, un peu comme si le Nard-Dog annonçait à tout Dunder Mifflin qu’il arrêtait définitivement de chanter.
Carlos en plus, il avait l’air plutôt content de m’entendre. Il m’a dit ça va, j’ai répondu non, il a fait oh et je lui ai demandé ce qu’il faisait après le travail. Comme il faisait rien (évidemment, il est DEPRESSIF), je lui ai proposé de me retrouver à Saint Germain, ce qu’il a accepté.
Mon bus était en avance alors je suis arrivée la première. Quand il est entré, je l’ai pas reconnu. Je pensais être rejointe par un Al Bundy fatigué, avec un pull à col polo et des pellicules, et je me suis retrouvée devant un type super banal, du genre qui aurait pu jouer dans un téléfilm catastrophe des années 90, ni vraiment beau, ni vraiment laid avec des yeux marrons et un cache-nez gris.
Lui aussi, il a été surpris. Il m’a dit qu’il m’imaginait ni si blonde, ni si petite. Ça nous a pas empêché de discuter, pour une fois, surtout moi. Il a écouté mon ras-le-bol de tous les jours, du travail, des gens, de mon chat, de tout. Il m’a dit, je comprends pas pourquoi tu fais pas autre chose, qu’est-ce qui t’empêche d’aller bosser ailleurs, là où on te demanderait pas de mettre des chemisiers bien repassés pour les rendez-vous avec les clients, de faire des plannings, des prèzes et du café, là ou tu ferais juste ce que tu aimes, écrire des publi-rédactionnels pour des fauteuils de relaxation ou des articles pour une marque de blousons de motos, le tout dans un bureau bien chauffé.
Je me suis dit qu’il avait pas tort, qu’il avait peut-être même raison.
On a parlé encore un peu et puis j’ai pris le dernier métro pour rentrer chez moi.
C’est là que j’ai commencé à rédiger ma lettre de démission.



