On s’en va, guilleret et sifflotant, acheter quelques pains aux chocolat en laissant dans son sillage un doux parfum de printemps. Devant la boîte aux lettres, on regarde si un colis Amazon est arrivé, histoire de mettre encore plus de joie dans cette journée.
Mais non.
Le seul courrier, c’est la DÉCLARATION DE REVENUS.
A ce moment-là, tout bascule.
Angoisse.
Sueurs froides.
Aigreurs d’estomac.
A chaque fois que les impôts m’écrivent, c’est la même chose. Je sais qu’ils veulent me dire quelque-chose alors je rassemble mes neurones, je me concentre de toutes mes forces et j’invoque le pouvoir des forces fiscales. Je cherche la signification des acronymes et la définition des mots que je ne connais pas (en général, le ratio est d’1/2) et je note le tout dans la marge. Mais, même avec ça, mes interprétations sont hasardeuses. C’est exactement comme au lycée, quand il fallait traduire Les Métamorphoses d’Ovide : je voyais à peu près ce que les mots voulaient dire mais mis bout à bout, ils avaient à peu près autant de sens que les paroles d’une chanson de Mélanie Laurent. Là, je vois foyer fiscal, indemnité, exonération, allocation, déduction, frais réels et, rien à faire, je ne comprends pas.
Panique.
J’ai du mal à respirer. De grosses larmes coulent sur mes joues pendant que je m’imagine partager une geôle avec Gordon Gekko pour escroquerie au fisc (j’aurais plaidé la bonne foi – voire l’autisme léger – mais les juges ne m’auraient pas cru : mais enfin, Mademoiselle, tout le monde y arrive alors pourquoi pas vous?)(JE NE SAIS PAS POURQUOI).
Comme je dépends encore du Pôle Emploi, j’appelle le 3949 (je passe ma vie à appeler le 3949 : et qu’est-ce que ça fait si je déclare avril en mai? pourquoi j’arrive pas à télécharger mon attestation? qu’est-ce que vous pensez de la gravitation quantique à boucles?).
La conseillère me dit : ne vous inquiétez pas, c’est très simple. Non, ce n’est pas simple. Je ne suis rassurée que quelques secondes, le temps qu’un petit singe viennent jouer des maracas dans mon hémisphère gauche.
Je me sens mal. Je voudrais qu’ils me laissent tranquille. Je paierai tout ce qu’ils veulent.



