par se réconcilier avec le dermato (en grande partie parce qu’il m’a emmenée manger au japonais en bas de chez lui, celui qui fait les super plats teriyaki)(la nourriture, c’est ma kryptonite, une fois que les hommes l’ont compris, ils peuvent me manipuler à leur guise).

Du coup, je suis à nouveau confrontée au problème qui me tracasse depuis que je le connais : le bruit qu’il fait en dormant. C’est pas qu’il ronfle, c’est plus bizarre que ça : quand il dort, il fait des claquements un peu comme s’il essayait de parler une langue à clics. C’est à la fois mystérieux (il vient de Lorient, pas du Botswana) et tellement énervant que je repousse toujours plus loin les limites de l’heure du coucher (hier j’ai joué à Banjo-Kazooie jusqu’à 4h du matin) et que je me lève si tôt que j’ai le temps d’aller faire ma gym, les courses et trois lessives avant qu’il ne se réveille (je ne lui ai pas avoué que je faisais des siestes de six heures pour entretenir mon image de Chris Traeger).

A propos de gym, j’ai enfin fait cette fameuse photo pour la brochure. On m’a mis une bonne couche de blush Nars et de l’eau thermale d’Avene sur la figure pour faire croire que j’étais en plein effort (si je ressemblais vraiment à ça en plein effort, j’aurais déjà chopé tous les mecs de la salle) et j’ai du faire semblant de pédaler tout en cambrant les fesses au maximum (si un jour, je deviens une star de télé-réalité, Entrevue aura des photos gênantes à publier).

Ça a été un peu difficile pour mon ego quand le photographe a répété pour la septième fois : bon, il faudra faire des retouches mais j’ai survécu en pensant à la séance de coaching avec Amédée.

D’ailleurs, le lendemain, quand on l’a faite, il avait mis ses lunettes (je ne peux pas résister à l’équation lunettes + muscles)(c’est ce qu’on appelle « la perversion Clark Kent ») et moi, j’avais passé deux heures à essayer de poser de l’eye-liner violet waterproof (sans réel succès). J’espérais qu’à la fin, il me proposerait d’aller me la coller dans le sauna mais en fait, tout ce que j’ai obtenu, c’est une invitation pour aller manger un mafé chez sa soeur (j’aime bien sa soeur, on partage la même passion pour les boutiques de coiffure de la rue Clignancourt). Cela dit, si c’est une tentative de manipulation, ça risque de marcher.

ils m’ont proposé de poser pour la nouvelle brochure.

Au début, je croyais que c’était grâce à mes jolies fesses (j’ai atteint l’équilibre parfait entre body pump et régime hyperprotéiné, je suis enfin prête à intégrer la troupe des Pussycat Dolls) mais la fille de l’accueil m’a expliqué qu’en fait, ils voulaient des gens moyens pour montrer que n’importe qui pouvait venir et s’inscrire. Ça m’a fait mal dans mon petit coeur mais j’ai quand même accepté parce qu’en échange, j’aurais le droit à une heure de coaching avec Amédée dont je suis folle amoureuse depuis la semaine dernière (= depuis que je l’ai vu torse nu).

Bref, hier, à J-2, je me suis réveillée de bonne heure et de bonne humeur quand DRAME, PANIQUE, CATASTROPHE  : la crise d’acné que je croyais enterrée sous une crème non-remboursée à 77 euros le millilitre était de retour. Je n’exagère pas, honnêtement, il ne me manquait plus qu’un appareil dentaire et un tee-shirt Nirvana pour avoir de nouveau 14 ans.

Entre rage et désespoir, je suis allée retrouver le dermato dans la cuisine pour lui crier : REGARDE, JE ME SENS PAS BIEN, soigne-moi, soigne-moi, SOIGNE-MOI. Il a levé les yeux des pages saumon du Figaro, il m’a attrapé une joue, il a mesuré l’ampleur du désastre et il a dit ah oui, c’est moche.

J’ai répété SOIGNE-MOI et il a pris un air dépité pour me répondre qu’il ne pouvait pas faire grand-chose, que l’acné, c’était chronique et que parfois, il voyait des femmes de plus de 40 ans avec des joues bien pires que les miennes.

Je veux bien que ça soit vrai, mais me le dire à ce moment là, c’était peut-être pas la meilleure chose à faire (il sait pourtant que je suis le genre de personne à me rouler par terre en hurlant quand ma balance clignote en rouge + FAT + FAT + FAT).

J’ai pensé très fort AH POUR INJECTER DU BOTOX A DES VIEUX PRUNEAUX Y’A DU MONDE MAIS POUR SOIGNER LES VRAIES MALADIES, Y’A PLUS PERSONNE (je dis ça mais en réalité, je fantasme sur des injections qui me feraient gonfler les lèvres comme Emmanuelle Béart)(il ne veut pas parce que, depuis que je lui ai parlé d’extensions blond platine bouclées, il pense que je souffre du syndrôme Barbie) et, quand il a vu que je retenais des larmes de sang, il a cherché à me réconforter.

C’est pas si grave tu sais, en général, ça passe après la première grossesse.

Hein?

Je suffoque déjà à moitié quand il me propose de laisser ma brosse à dent chez lui alors là, c’était trop pour moi. J’ai bougonné, on s’est disputé et on a rompu pour la 3ème fois en 4 jours.

Mais sinon, à part ça, ça va.

de body pump avec des barres hyperprotéinées et une boisson au soja bio dans mon sac de gym, le dermato me surnomme Chris Traeger.

Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’en général j’achète un éclair au chocolat et deux parts de moelleux sur le trajet du retour (le meilleur emplacement pour une boulangerie, c’est sans doute d’être juste à côté d’un club de sport).

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