c’est de se rouler dans son caca en ronronnant (je sais ce que vous pensez, j’ai essayé de l’éduquer mais au bout de plusieurs tentatives infructueuses, j’ai compris qu’il était peut-être un peu différent)(je lui ai expliqué que c’était pas parce qu’il progressait moins vite que les autres chatons que je l’aimais moins, je suis juste un peu déçue de devoir renoncer à le voir entrer à Normale Sup’). Du coup, l’autre jour, l’inévitable s’est produit : il a attrapé des puces.
Comme ma seule expérience en la matière se limite à quelques parties endiablées de Piqu’Puces, j’ai du aller consulter le Doctissimo des chats, un forum à cause duquel je me sens désormais obligée d’acheter des croquettes bio qui, si on en croit le prix au kilo, sont cuisinées à partir de boeuf de Kobé et d’oeufs d’esturgeon.
Après avoir lu plusieurs posts culpabilisants (selon certains, si on éveille pas son chaton en lui apprenant les échecs avant l’âge de quatre mois, on est une horrible maman chat)(le mien, des fois, il se souvient plus où est sa gamelle alors pour le zugwang, on repassera), j’ai appris que la solution la plus efficace pour les puces, c’était de traiter le chat avec un produit chimique. Vu que j’en suis désormais au stade où je fabrique moi-même mes produits ménagers, ça a fait mal à mon petit coeur de hippie. Je me voyais pas appliquer un produit à la composition douteuse sur mon mini chat alors que j’ai des palpitations si je dois nettoyer le sol avec autre chose que du bicarbonate et du savon liquide bio (si on lave par terre avec un produit trop chimique, ça va sur les pieds, ça passe sous la peau, ça rentre dans le sang, on attrape des aphtes et la fièvre jaune et notre descendance vient au monde avec un troisième bras).
Bref, je me suis mise en quête de solutions plus écologiques mais j’ai seulement trouvé des recettes tellement farfelues qu’il serait aussi efficace de faire des incantations en brûlant des cierges à l’effigie d’Alain Chamfort. Je me suis donc résignée à aller acheter de l’anti-puce à la pharmacie (ça prouve que je n’en suis pas encore au stade Témoin de Jéhovah)
Est-ce que vous avez déjà essayé d’appliquer quoi que ce soit sur un chaton? Pour moi, c’était la première fois, l’occasion de découvrir la face sombre de cette bête. Ce petit animal qui d’habitude me fait des câlins au kilomètre (c’était mignon sur le coup mais maintenant que je sais qu’il a des puces, je regrette un peu) s’est mis à griffer, siffler, cracher et courir au plafond en récitant la Bible à l’envers. C’était devenu EL DIABLO.
J’ai menacé, haussé la voix, pointé du doigt et, punition suprême, sorti le brumisateur mais RIEN A FAIRE, vas-y que ses puces me narguaient de l’autre bout de l’appart pendant qu’il prenait son air de je suis plus malin que toi (venant de l’animal qui ne comprends pas pourquoi il est mouillé après avoir mis sa patte dans les toilettes, c’est très agaçant).
Aux grands maux, les grands remèdes, j’ai enfilé un tee-shirt à manches longues et j’ai usé de tout mon arsenal de techniques de Krav Maga pour 1) le neutraliser 2) lui appliquer la pipette dans les endroits stratégiques. Ça m’a valu une lacération des mains au troisième degré mais j’ai quand même réussi à atteindre mon but. Après une heure et demi d’un combat acharné, il est parti dormir en bougonnant tandis que j’essayais de me souvenir où j’avais rangé le Mercurochrome.
Quand il s’est réveillé (16 heures après)(c’est le principe des chatons : alternance de périodes où ils dépensent 4 000 calories par minutes à faire des glissades dans la baignoire et de siestes qui durent tellement longtemps que je suis obligée d’aller vérifier qu’il respire toujours), il a secoué son petit museau froissé et il a été manger quelques croquettes. J’ai eu une bouffée de tendresse, je me suis dit il est tellement mignon mignon et je me suis approchée pour lui faire un gros câlin.
C’est pile à ce moment-là qu’il est retourné jouer avec son caca.



