j’ai reçu l’appel d’une agence avec laquelle j’aime bien travailler (en grande partie parce qu’ils ont un buffet de petit-déjeuner A VOLONTE)(à chaque fois que j’y vais, je me dis que je serais raisonnable et puis au bout du quatrième mini pain aux raisins, mon taux de sucre augmente, je perds la raison et j’en mange sept autres).

J’ai décroché et ils m’ont fait : vite, il faut que tu viennes ASAP, on a une URGENCE CONCEPTION-REDACTION.

QUOI, UNE URGENCE CONCEPTION-REDACTION?!

Un site Internet en danger?

Un planning stratégique en péril?

C’est une mission pour SUPEREDAC!

Ni une, ni deux, j’ai attrapé mon netbook (celui qui n’a pas de photos de chatons en fond d’écran et sur lequel j’ai mis des fichiers .xls avec des noms compliqués sur le bureau), j’ai enfilé un chemisier, j’ai pris  une capsule de superlevure et j’ai filé au secours des Internets.

Une fois sur place, la fille de l’accueil m’a dit que j’étais pile à l’heure pour la prise de brief. Tout de suite après, le Chef de Projet est venu me chercher en me disant qu’on était trop à la bourre sur le dossier. J’ai demandé quel dossier, il m’a répondu bah, t’as pas été briefée ? Ben non. Il a soupiré et a il fait bon, on va se débrouiller.

On est arrivés dans la salle de réunion et tout le monde était là, le Directeur Artistique, la Directrice de Création, le Directeur Commercial, le Directeur Marketing, la Directrice de Clientèle, le Directeur Stratégique et bien sûr, les stagiaires et les pains aux raisins. On a fait ça va, ça va, oui, ça va,et toi, pas mal, les vacances, oh là là, trop de boulot, charrette, week-end, la pression et blablabla et puis le Directeur Tout Court est arrivé et a demandé bon alors, on en est où ? Alors quelqu’un a commencé à lire le brief à haute voix.

C’était pour une marque de desserts lactés et il fallait faire du buzz et du clic et du clic et du buzz. Une fois la lecture du brief terminée (il s’était écoulé une vingtaine de minutes soit la durée moyenne d’attention de quelqu’un en réunion), ça a commencé à parler fixie, tatouages, Nanni Moretti, FWA et Ringer (sujets de conversation en agence de com = trendings topics Twitter). J’en ai profité pour boire trois Oasis et, avant même qu’on s’en rende compte, il était l’heure de manger.

On avait pas fini mais y’a un japonais qui fait des ramens de zinzin à côté de l’agence alors, tout d’un coup, le brief était plus si urgent. Le Directeur Stratégique m’a demandé si je pouvais revenir demain, j’ai dit ok (même si ça m’obligeait à annuler mon cours de body pump).

Croyez-le ou non, le lendemain, il s’est passé EXACTEMENT LA MEME CHOSE.

Dire que mon conseiller Pôle Emploi s’imagine que je ne fais rien de mes journées.

que je m’endors au cinéma.

La première, c’était pendant Melancholia.

J’avais bossé toute la nuit d’avant (dis comme ça c’est impressionnant mais la vérité, c’est plutôt que j’ai travaillé deux heures après en avoir passé six à me dire faut que je m’y mette). J’ai sombré pendant le dernier quart d’heure de la première partie . Du coup, j’ai passé le reste du film à me demander si j’avais pas loupé un élément clé pour tout comprendre (en fait, je crois que non, de toutes façons, pour moi,  l’intérêt principal de ce film reste les cheveux de Kirsten)(ON EST CINEPHILE OU ON NE L’EST PAS).

La deuxième, c’était hier, pendant Habemus Papam.

J’ai bien aimé aussi mais j’avais mal calculé mon apport de protéines de la journée (une savante équation impliquant mon poids, l’activité prévue et la position de la Lune par rapport à Mercure) alors j’ai eu un gros coup de barre pendant le milieu du film. J’ai été réveillée par ma copine Soso au moment où je commençais à baver sur mon gilet.

A part ça, pendant les replays de Secret Story, j’arrive à rester éveillée sans problèmes.

(il porte des tee-shirts à messages et connait l’équation qui permet de résoudre TOUS les Rubik’s Cube)(y compris les éditions collector). Le seul problème, c’est qu’il joue de la trompette dans une fanfare.

Si vous ne voyez pas en quoi ça peut être un soucis, c’est sans doute que vous n’avez jamais assisté au concert d’une fanfare. Moi, j’y suis allée un soir de la semaine dernière avec le développeur de l’Internet. Comme ce gredin de l’informatique avait passé l’après-midi à configurer mon nouveau PC pour qu’il devienne SUPERPUISSANT (au début, je lui ai fait croire que j’avais besoin d’une bonne configuration pour travailler correctement, quand je lui ai avoué qu’en réalité, je voulais juste pouvoir jouer aux Sims avec toutes les options graphiques à fond, j’ai cru qu’il allait me mettre une claque)(il ne faut pas être naïf non plus)(le jour où il faudra booster les drivers de cartes graphiques pour pouvoir animer des diaporamas Powerpoint, je partirai vivre dans un pays sans fibre optique), j’avais promis de l’inviter à manger.

Heureux hasard, sur le chemin de la salle de concert, nous avons croisé un petit restaurant chilien (ALERTE REVISIONNISME : la vérité, c’est que tous les autres trucs où manger, c’étaient des quinquins-frites et que ce chilien, c’était le seul endroit où je risquais pas de faire une crise cardiaque en découvrant comment était conservée la viande)(cela dit, ça avait l’air tellement pourri que j’ai dit au développeur de l’Internet d’entrer avant moi parce que j’avais peur me faire braquer mon sac à main par un baron de la drogue)(c’est un Miu Miu, vous savez combien ils les vendent aux Galeries Lafayette?)(BEAUCOUP TROP CHER).

Bon finalement, il est entré, je l’ai suivi et il ne s’est pas passé grand chose, si ce n’est qu’on nous a proposé des Pisco Sour qu’on n’aurait jamais du accepter parce qu’il a suffit que le serveur les pose sur la table pour qu’on ait l’impression d’être en train de faire du binge drinking.

A part ça, c’était délicieux. J’ai englouti du ceviche et un pastel de choclo comme si je n’avais pas mangé depuis deux jours (je n’avais jamais mangé de pastel avant)(c’est tellement bon qu’en rentrant, j’ai imprimé la recette deux fois)(une fois pour la refaire, l’autre pour mettre dans mes archives sécurisées, celles que je conserve en lieu sûr (une boîte en carton Castorama rangée sous mon lit) au cas où il y ait la guerre).

On a digéré dans la file d’attente du concert. C’est seulement quand mon estomac a commencé à dégonfler un peu (je n’ai pas l’habitude de manger autant car je fais des crises d’angoisse si je ne maintiens pas mon IMC à une valeur contre-nature) que j’ai commencé à regarder autour de moi. C’est alors que j’ai vu des pantalons en lin tout mous, des jupes de Gipsy King, des badges de groupes klezmer, des chaussures à franges, des imprimés ethniques, des dreadlocks… Il fallait se rendre à l’évidence, ON ETAIT ENCERCLES PAR DES HIPPIES

(Je sais, je sais, moi aussi, j’ai de lourds symptômes. Je ne vais pas m’autoflageller en les énumérant une fois de plus mais quand même, j’ai assez de respect pour moi-même pour ne pas acheter mes vêtements dans des boutiques qui sentent l’encens).

A l’intérieur, c’était pire. Impossible de faire un pas sans bousculer quelqu’un qui portait du tie and dye ou des sandales en cuir naturel. Quand la fanfare est montée sur scène, il y a eu un mouvement de foule. J’ai eul’impression d’être victime d’une invasion de choristes de Jimmy Somerville. J’avais trop chaud alors j’ai retiré mon cardigan. Ça n’a pas suffit, mon eyeliner s’est mis a dégouliner et mes cheveux ont commencé à faire des paquets à cause des vapeurs de bière. Puis, les rythmes sont devenus un peu plus funk et LE DEMON DE LA DANSE S’EST EMPARE DE MOI.

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, J’ETAIS COMME EUX.

Ça a duré deux heures.

Il m’a fallu trois jours pour récupérer.

La prochaine fois, je vous raconterai comment je suis devenue colonialiste à un concert de Michel Sardou.

Infligé par Simone et WordPress | Design Roy Tanck