On a passé une bonne soirée mais, au moment où on a réussi à lever nos bedaines pleines de fromage fondu, on a réalisé avec effroi qu’on venait de rater le dernier métro.

Evidemment, on aurait pu prendre un taxi. Mais, prise d’une impulsion à ce jour inexpliquée (overdose d’emmental?), j’ai dit au développeur : mec, enfile ton blouson en satin brodé, tu vas voir Paris by Night… et je l’ai emmené à une station d’Autolib.

Sachant que je n’avais pas pris le volant depuis août 2001 (et encore, c’était un dimanche soir en pleine campagne champenoise), j’aurais pu voir venir le drame. Mais bon, ce soir-là, quelqu’un m’avait complimenté sur mon eyeliner et ça m’avait donné assez confiance en moi pour que je me persuade que je savais encore distinguer la pédale d’accélérateur de celle de l’embrayage.

J’ai donc convaincu le développeur de l’Internet de ma maîtrise et de mon sang-froid et on est montés en voiture.

Au début, ça s’est plutôt bien passé. On a écouté du Kanye West et on a doublé des vélibs en les traitant de losers.

Ça a commencé à dégénérer à République, quand une Honda Civic m’a fait une queue de poisson. Prise de panique, j’ai freiné un peu trop fort et, à partir de ce moment-là, je suis passée en hyperventilation.

J’ai reniflé tout le long du boulevard Magenta et, à Barbès, j’ai craqué et je me suis mise à pleurer à gros bouillons. Le développeur de l’Internet (qui craignait sans doute pour sa vie) a décrété qu’il valait mieux s’arrêter là. Je l’ai écouté (avais-je le choix?) et j’ai tourné vers Anvers pour me garer. C’est alors que j’ai pris conscience d’un détail que j’avais jusque-là occulté : il allait falloir faire un créneau.

ANGOISSE. AFFOLEMENT. SUEURS FROIDES.

L’opération a pris près d’un quart d’heure et a réquisitionné cinq personnes : le développeur et moi, un vendeur de roses et deux dealers de crack (je vous passe les détails mais ma street-cred en a pris un sacré coup). Quand ça a été terminé, j’étais lessivée comme après trois cours de Body Pump, mon fond de teint avait coulé sur ma robe et  il était encore plus tard que si on était rentrés à pied.

Au final, j’ai mis trois jours à m’en remettre et je crois que je ne pourrai plus jamais jouer à Mario Kart.

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