La semaine dernière, j’ai répondu à une interview pour une marque de maquillage.

Oui, je sais.

En fait, quand ma copine H. m’a proposé de m’épancher pendant plusieurs heures sur le contenu de ma trousse beautay, j’ai mis de côté tous mes principes et j’ai accepté (je fais la même chose quand on me met devant une tranche de rillettes d’oie).

Vous savez combien c’est dur de connaître par coeur le nom des teintes de tout le rayon rouge à lèvres de chez Sephora et de vivre entourée de gens qui sont incapables de différencier un enluminateur d’un blush? C’est mon quotidien et, croyez-moi, c’est très moche.

Toujours est-il que, pour me remercier d’avoir pris le temps de participer, la marque m’a envoyé un colis avec dedans assez de fards et de fonds de teint pour camoufler cette déchirure éthique. En l’ouvrant, j’ai sauté sur place pendant à peu près dix minutes : c’était un peu l’équivalent de trois Noël et cinq anniversaires (dont au moins deux avec des chiffres ronds).

Evidemment, je n’ai pas pu résister longtemps avant de tout essayer (en même temps, je n’ai pas accepté pour rien, c’est une de mes marques préférées et si leurs rouges à lèvres ne coûtaient pas le montant de ma facture d’électricité mensuelle, je les aurais déjà TOUS). Je me suis donc retrouvée avec de magnifiques yeux violets (trois teintes différentes et un voile de paillettes, OUI, un VOILE DE PAILLETTES), des joues toutes roses et une bouche orange vif (l’orange parfait).

Quand il m’a vue, le développeur de l’Internet m’a dit que j’étais sublime.

J’aurais aimé que ça soit vrai mais je crois que j’avais surtout l’air d’être la fille naturelle d’Amanda Lear et d’un toucan (je n’ai été sublime qu’une seule fois, sur une photo prise en 2003)(ce jour-là, la lumière, les planètes et le flou gaussien se sont alignés pour me faire ressembler à un top model russe)(j’ai utilisé ce cliché en profile pic pendant sept ans).

Bref, j’ai été ravie de vivre la vie d’une blogueuse beauté pendant une journée (commentaires haineux sur mes boutons en moins) mais tout ça m’a quand même conforté dans l’idée que c’était bien difficile d’être objectif quand on se fait arroser de cadeaux (je sais, je n’invente pas la poudre en disant ça)(la poudre… la poudre bronzante)(hahah)(OK, à la prochaine).

ABSOLUMENT un rouge à lèvres fuchsia.  J’avais une idée très précise en tête : ni trop chewing gum, ni trop violet, ni trop nacré (si vous voulez mon avis, les rouges à lèvres nacrés devraient être interdits à la vente, au même titre que les vestes en jean ou que les baskets compensées).

Pour trouver la perle rare, je suis allée dans une parfumerie. J’ai mis pas mal de temps à me décider (à la fin, j’ai bien cru que la vendeuse allait me donner tout ce que je lui avais fait déballer en me suppliant de partir) mais j’ai finalement trouvé mon bonheur, un joli tube doré dont le prix au kilo était à peu près mille fois supérieur à celui des tomates du marché Place d’Anvers (et pourtant, j’ai le hoquet dès que je passe devant le stand du primeur).

En rentrant chez moi, j’étais tellement pressée de l’essayer que je n’ai même pas dit bonjour à mon chat. Je m’attendais à me trouver assez canon pour faire une série de duckfaces pour mon profil Facebook, sauf que non! Qu’est-ce qui m’avait pris!

La vérité m’a sauté aux yeux devant le miroir de ma salle de bain : cette couleur était une très mauvaise idée. En fait, je crois que le seul prétexte valable pour porter un rouge à lèvres fuchsia quand on est blonde, c’est de passer un casting pour une émission de télé-réalité. Le problème c’est que le seul programme auquel j’aimerais bien participer, c’est Masterchef US (j’ai déjà prévu mon menu, il implique du brocoli et un oeuf poché)(jusqu’à présent, sur 56 essais, j’ai réussi à pocher 0,50 oeuf, il y a donc de grandes chances pour que je me fasse engueuler par Gordon Ramsay)(et, à ce moment-là, aucun rouge à lèvres, aussi fuchsia soit-il, ne pourra rien pour moi).

Enfin, tout ça pour dire que, maintenant, j’ai envie d’en avoir un orange.

Infligé par Simone et WordPress | Design Roy Tanck