nous sommes rendus à l’épicerie asiatique pour acheter des lentilles (j’ai tout le temps envie de lentilles en ce moment, de salade de lentilles, de dhal de lentilles, de pâté de lentilles, de velouté de lentilles, de sambar au lentilles, de courge farcie aux lentilles… j’ai un stock de lentilles vertes, corail, blondes, noires, brunes qui me permettrait de tenir plusieurs mois en cas d’épidémie de zombies).

J’ai trouvé ce que je voulais et j’en ai profité pour prendre du basilic thaï, du gingembre, des champignons noirs, du piment… Bref, de quoi faire un bon petit plat de légumes sautés (mon autre obsession culinaire du moment). J’avais les bras plein de sachets et de légumes en tout genre quand le gérant, qui est une espèce de vieux bonhomme très autoritaire, m’a demandé : c’est pour faire quoi ça ?

Euh… des légumes sautés, j’ai marmonné sans oser le regarder dans les yeux.

Bien, il a dit. Quoi comme légumes ?

J’ai senti au ton de sa voix que c’était pas le moment de dire n’importe quoi. Il avait vraiment pas l’air d’être le genre de personnes à plaisanter avec les légumes sautés.

J’ai commencé par le plus facile.

Euh… des oignons et de l’ail.

Il a acquiescé.

Des carottes.

Ça allait aussi.

Des poireaux (c’est de saison).

Il a grogné un humm.

Ça avait pas l’air de le satisfaire les poireaux.

Fallait que je me rattrape alors j’ai tout donné.

Des haricots coco.

C’était une bonne réponse puisqu’il s’est exclamé ah oui, des haricots.

Comme c’était à peu près tout ce que j’avais prévu de faire sauter ce soir là, j’en tenté de m’en tirer avec un ben oui, voilà, des haricots, ça devrait être très bon hihihi.

Naïve que j’étais.

Il me restait une épreuve à passer.

Et du poulet. Il faut mettre du poulet.

J’ai tenté un euh oui euh ben du tofu sinon mais il a continué avec un c’est très bien le poulet au wok hein tout en se rapprochant de moi (c’était pas le moment de lui dire que j’avais pas de wok et que je faisais tout à la sauteuse, je pense que j’aurais pu me faire couper les mains pour moins que ça). Ah oui, du poulet, j’ai bafouillé, trahissant ainsi la grande secte des végétariens. Heureusement, ça l’a convaincu et j’ai pu passer à la caisse.

Depuis, inutile de vous expliquer que je vis dans la peur. Certes, on m’offre des bonbons à l’épicerie asiatique mais si ma trahison finit par se savoir dans le quartier, ça pourra aller très loin : est-ce que je vais me faire refouler la prochaine fois où je voudrais aller acheter du lait de soja chez Naturalia ? Est-ce que je vais devoir rendre les chaussons lapin que j’ai eu à Noël ? Est-ce que Youtube va me bloquer toutes les vidéos d’animaux rigolos ? Est-ce que j’aurai encore le droit d’envoyer des photos de chats sur Hangout ?

Brrr.

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