Je sais pas si vous êtes au courant mais dimanche prochain, c’est la fête du pain au village du Cruzeau, à Lésignac-Durand, dans le canton de Charente-Bonnieure qui se trouve dans l’arrondissement de Confolens. Comme chaque année depuis maintenant 12 ans, c’est l’occasion pour les producteurs et artisans locaux de proposer miel, fromages, confitures et autres saucissons.

Cette fois, rapporte la Charente Libre, Protection animale Charente, une association qui recueille des lapins, ânes, chats ou chiens maltraités ou abandonnés et promeut le véganisme tout en dénonçant les mauvais traitements envers les animaux, avait prévu de tenir un stand de gâteaux végétaliens (= cuisinés sans produits d’origine animale, c’est-à-dire sans oeufs ni produits laitiers). Sauf que, la semaine dernière, la véganaise a mal tourné et, malgré un accord de principe, le président du comité des fêtes leur a indiqué qu’ils ne « correspondaient pas au type de notre fête ». Je cite : « Ces gens-là revendiquent tout et n’importe quoi, ils sont anti-tout, anti-viande, anti-lait, anti-blé, anti-gluten. Ils [sont] indésirables. »

Les gens de l’asso ont bien précisé qu’ils étaient juste là pour vendre des gâteaux afin de récolter des fonds pour mieux accueillir les animaux, mais qu’importe, ils se sont fait refoulés. Il faut dire qu’il y en a marre de ce lobby VG qu’on entend trop et voit partout. Bon, à vrai dire, je sais pas trop où est ce partout, exactement. Sans doute entre une pub Charal et une autre pour les produits laitiers ? Où alors dans une de ces multiples émissions de cuisine vegan ? (La fameuse épreuve de la cuisson du tofu dans Top Chef) Dans les publi-reportages du JT de TF1 sur notre beau terroir et ses admirables petits producteurs de graines germées éthiques ? (Rassurez-vous les pousses d’alfafa sont câlinées avant d’être cueillies) Dans les brasseries parisiennes bien connues pour leur incroyable choix de plats VG-friendly ? (Ah, ces délicieuses assiettes végétariennes dans lesquelles on peut déguster tomates et concombres mal assaisonnés contre seulement deux tickets resto) Dans les devantures de ces boucheries végétales qui fleurissent un peu partout ? Ou bien dans les rayons des supermarchés ? (C‘est vrai que ça devient difficile d’acheter son pot de rillettes tant on est envahi par ces saletés de steaks de soja)

Autrement dit, bien qu’on soit en 2016, c’est toujours la panique dès que quelqu’un sort un cookie vegan (Vite, un shot de beurre demi-sel Président !) et, si je voulais parler de ça, c’est parce que ça m’a fait penser à tous ces jeunes réacs qui font un bashage quasi-systématique du végétarisme/véganisme sur les réseaux sociaux. Et vas-y que je me moque de ton gâteau à rien, de ton plat forcément triste et fade ou de ta sauce sans saveur. Moi, lire à longueur de journée que les VG sont des pisse-froid perfusés à la laitue iceberg, ça m’agace beaucoup, surtout quand ça vient d’*Épicuriens* pour qui *Le Goût* se résume à une tarte au brie ou à un plateau de charcuterie. Ok, le brie, c’est délicieux mais il y a une infinité d’autres trucs qui le sont tout autant. Et, quand bien même, tous les plats VG auraient le goût de carton bouilli, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Pourquoi toujours aller pointer la bouffe vegan pour dire que c’est pas assez gras, pas assez appétissant, pas assez ceci ou trop cela ?

Pour certains, ce qu’il faut protéger, c’est *L’Authenticité*. Moi je mange des spaghettis de courgettes à la crème de soja et au tofu fumé, j’appelle ça carbonara et je trouve ça super bon, et alors ? C’est pas bien ? C’est une trahison ? La condamnation de l’héritage culinaire destiné aux générations futures ?

J’avoue que je ne comprends pas bien cette peur de voir les traditions se perdre (quelles traditions ? et ça veut dire quoi l’authenticité ? hein ?), ça me donne l’impression d’être dans la cantine de Valeurs Actuelles. Parce qu’au final, c’est quoi l’objectif ? De continuer à manger comme nos parents ? Nos grands-parents ? Comme au siècle dernier ? Comme au Moyen-Âge ? Il faut refuser systématiquement la nouveauté ?

Parler de recettes authentiques, ça n’a pas de sens (la preuve par le curry, qui n’a en réalité pas grand chose d’indien). Bien sûr qu’on ne mange pas comme nos parents, qui eux-mêmes ne mangent pas comme leurs parents. Les recettes bougent, certains ingrédients deviennent plus facilement disponibles, d’autres disparaissent, les tendances se font et se défont et c’est ridicule de s’accrocher à des *traditions* qui pour beaucoup, n’en sont même pas vraiment (vous saviez que le pad thaï avait seulement 70 ans ?) L’évolution et la mondialisation en cuisine, ce n’est pas un nivellement, c’est une possibilité d’évolution des goûts et des savoirs. D’ailleurs, si vous voulez creuser le sujet, lisez donc cet excellent article sur la cuisine juive d’Europe centrale.

Prenons l’exemple de la tartiflette. Cette recette traditionnelle bien de chez nous daterait des années 80. Du coup, la préparer avec du tofu fumé et du fromage à base de tapioca ne va pas détruire des siècles d’histoire. Au pire, ça va juste contrarier un peu le syndicat interprofessionnel du reblochon et heurter les chiens de garde *hédonistes* (qui devraient un peu se demander ce qu’ils gardent, d’ailleurs).

Un flan aux graines de chia, un steak de champignons ou un gateau à l’huile de coco, ne mettent rien en péril. On est dans une société clairement omnivore, où les végétariens sont une toute petite minorité (et je ne parle même pas des végétaliens). Il n’y a pas de territoire à défendre, personne n’est attaqué. C’est quand même fou cette capacité de certains à inverser le rapport de force et à réussir à (se) faire croire qu’ils sont en résistance. Parce qu’en vrai, ça va hein, pas la peine d’agiter les bras dans tous les sens. Les industriels, les éleveurs et les politiques font déjà le taff, c’est pas demain que le jambon de Bayonne sera remplacé par du seitan, que le Caprice des Dieux sera fabriqué à partir de graines de soja ou qu’on ne trouvera plus d’entrecôtes chez Chartier. Les chasseurs cueilleurs peuvent laisser les VG manger des saucisses au gluten et des no-cheesecakes tranquilles, c’est pas eux qui vont les empêcher à la chasse au Fleuri Michon chez Franprix, de faire des crêpes avec la *vraie* recette de Mémé ou de perpétrer des *traditions* qui consistent à gaver, dépecer et tuer des animaux pour les manger.

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