Je me baladais sur l’avenue, le coeur ouvert à l’inconnu quand  la bandoulière de mon sac à main a lâché, larguant sur mes pieds environ 20 kilos de cuir (j’ai besoin de transporter beaucoup de choses avec moi, ainsi, si jamais la guerre atomique se déclare et que je me retrouve coincée dans un abri loin de chez moi, j’aurai à disposition cinq rouges à lèvres différents, le chargeur d’un téléphone que j’ai perdu il y a à peu près trois ans et un panel de cartes de fidélité de magasins dans lesquels je n’ai pas mis les pieds depuis le début des années 2000).

Ça m’a fait beaucoup de peine. D’un côté, parce que j’aimais vraiment ce sac. De l’autre, parce que j’entrevoyais déjà l’enfer de la quête du remplaçant (en encore, avec le recul, je me rends compte que j’étais optimiste).

J’ai terminé la semaine avec un sac très joli mais pas pratique pour le travail et, le samedi matin venu, j’ai fait un benchmark détaillé de toutes les marques existantes (rien de très élaboré, juste un tableau Excel de 27 lignes et 12 colonnes et un Powerpoint de 5 Go). L’après-midi, j’ai entraîné mon fiancé (un peu naïf) dans un lieu de perdition : les grands magasins.

Il y avait des gens à peu près partout mais je me suis pas laissée démonter (je suis désormais forte de l’expérience de la Défense en heure de pointe, je n’ai plus aucun scrupule à pousser une vieille dame sur les voies pour lui voler sa place), j’ai fait tous les stands UN par UN.

Rien.

Pas grave, on est allés au Printemps où il y avait moins de monde mais où, bizarrement, ça sentait le prout d’enfant. J’ai passé près d’une heure à examiner TOUS les sacs à main du magasin (environ 7 000) mais, pareil, c’était soit trop petit, soit trop fragile, soit pas pratique.

Le coeur empli de désespoir, je me suis dirigée vers la sortie, essuyant les reproches de mon fiancé (il trouve que je suis difficile)(moi je dirais plutôt exigeante et consommatrice avertie). Et là, je l’ai vu. Lui. Le Magnifique.

Je me suis approchée, comme hypnotisée. Je l’ai pris dans mes bras, il m’a fait un clin d’œil. J’ai entendu la vendeuse me dire vous voulez l’essayer? J’ai passé la bandoulière autour de mon épaule et paradé pendant qu’elle vantait la beauté du cuir de chèvre et que mon bien-aimé me disait que la couleur était géniale (d’un ton étrangement soulagé).

Et puis la vendeuse m’a annoncé le prix.

1 300 euros.

Finalement, mon sac en tissu bariolé Yves Rocher est pas si mal.

D’un côté, c’est une très bonne nouvelle (ça veut dire que j’ai un bureau)(je veux dire, un bureau autre que ma table de cuisine).

D’un autre, c’est dramatique parce que ça implique de se lever à 7h30 pour aller à la Défense.

Pour moi, aller à la Défense, c’est un peu comme rentrer dans la bouche de l’Enfer. Avec son flot de gens pressés qui savent exactement où aller (et qui s’y rendent en lisant les pages économie du Monde tout en tapant les premiers mails sur leur Blackberry)(toujours très humiliant pour moi qui fait partie de la catégorie des sous-personnes, celles qui doivent s’arrêter de marcher pour lire un texto), ses ascenseurs qui vont je ne sais où (vraisemblablement dans le 8ème cercle de l’enfer) et ses rues dont les noms sont remplacés par des logos de multinationales, la Défense, c’est sans doute l’endroit de Paris (ou presque) que j’aime le moins (à égalité avec le Forum des Halles, ce lieu de perdition qui regroupe deux des choses que je déteste le plus au monde : les chaînes de boulangerie et les magasins de grosses boucles d’oreilles)(personne ne devrait s’infliger le port de créoles géantes, vous entendez ? personne).

Heureusement, moi je travaille un peu plus loin, dans un quartier normal où les gens n’éprouvent le besoin de remplir des bilans comptables en attendant le bus. Accessoirement, on y trouve aussi un traiteur chinois, c’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup… En effet, à 30 ans et des brouettes, j’ai enfin accompli un de mes objectifs majeurs : J’AI DES TICKETS RESTAURANTS.

on ne sait toujours pas où est Jessica Hyde.

(Si vous ne l’avez toujours pas fait, vous DEVEZ regarder Utopia, ça vous consolera de la fin d’American Horror Story et ça vous aidera à patienter en attendant les prochains Black Mirror).

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